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6.2. Pétasites, tussilage et adénostyles : des composées à larges feuilles
6.2.1. Les pétasites (Petasites spp.)

Les pétasites colonisent les substrats régulièrement perturbés, que ce soit en situation forestière de demi-ombre sur des sols frais à texture variable (cas de P. albus typique de l’Arunco-Petasition – fig. 3a), en situation de pleine lumière sur matériaux carbonatés filtrants de faible diamètre (cas de P. paradoxus typique du Petasition paradoxi – fig. 3b) ou en situation riveraine, le plus souvent de demi-ombre, sur sols régulièrement alimentés par la nappe (cas de P. hybridus typique du Petasition officinalis – fig. 4).

En ce qui concerne les performances de croissance du système souterrain, c’est le pétasite paradoxal qui semble avoir le meilleur rendement avec un volume souterrain pouvant atteindre 160 cm3 par pied pour 40 cm de profondeur (vol. syst. sout./aérien = 1,4). Pour comparaison, le système souterrain d’un pied de pétasite blanc peut atteindre 100 cm3 (vol. syst. sout./aérien = 1).

Les pétasites blanc et hybride sont difficilement disponibles dans le commerce sous forme de graines ou de plants en pots. Pouvant former localement de vastes populations aux abords des rivières de montagne, l’implantation de fragments de rhizomes issus de populations naturelles devrait être privilégiée afin de garantir l’utilisation de souches locales.
Enfin, si le pétasite paradoxal atteint des altitudes très basses dans l’est des Alpes (par exemple 200 m dans le Frioul et en Slovénie), ce n’est pas le cas dans la partie occidentale du massif. À basse altitude, les pétasites peuvent être remplacés par le tussilage qui se substitue à ces espèces en situation naturelle et présente la même stratégie écologique et les mêmes aptitudes biotechniques.
Comme pour les pétasites, la floraison du tussilage a lieu tôt au printemps (de février à avril), avant l’apparition des feuilles (fig. 5a). Le tussilage présente une morphologie foliaire proche de celle des pétasites, mais s’en différencie par des dents de second ordre plus courtes (fig. 5b – elles sont plus aiguës et allongées chez les pétasites).
D’un point de vue écologique, le tussilage présente une amplitude plus importante que les pétasites puisqu’il croît au sein des éboulis, alluvions ou glissements de terrain de 200 à 2 000 m (fig. 6), ainsi que dans des situations secondaires sur matériaux fins susceptibles de s’assécher (Poo-Tussilaginetum), notamment sur des remblais ou des terrains décapés.

6.2.3. Les adénostyles (Adenostyles spp.)
Les adénostyles sont reconnaissables à leurs grandes feuilles cordiformes irrégulièrement et simplement dentées, à la différence de celles des pétasites. Ils présentent des touffes peu imposantes, mais solidement ancrées par un pivot allongé muni de nombreuses racines secondaires (système souterrain pouvant atteindre 20 cm3 par pied ; vol. syst. sout./aérien = 0,9 chez A. alpina). À la différence des pétasites, ils développent des panicules corymbiformes de capitules roses à floraison estivale.

L’adénostyle glabre (A. alpina) est une espèce pionnière des éboulis calcaires grossiers frais (Arabidion alpinae – fig. 8), qui tolère l’ombre et persiste durablement sous couvert forestier de hêtraies sur éboulis (Adenostylo-Fagetum) ou d’érablaies fraîches de ravins (Lunario-Acerion). L’adénostyle à feuilles blanches (A. leucophylla) est une espèce pionnière des éboulis silicatés alpins (Androsacion alpinae).
La complémentarité écologique de ces trois espèces offre, à l’instar de celle des pétasites, un large éventail de possibilités quant à leur utilisation dans les situations subalpines, voire alpines pour A. leucophylla. Le caractère rudéral et saxicole des adénostyles glabre et à feuilles blanches permettent une utilisation en milieu ou sommet de berge sur des matériaux bruts drainants carbonatés (A. glabra) ou silicatés (A. leucophylla). Inversement, la stratégie écologique compétitrice de A. alliariae, marquée par des exigences hydriques et trophiques plus élevées, requiert une utilisation sur des substrats fins, frais, si possible pourvus d’une fraction de matière organique. La tolérance à l’ombre de A. alliariae et de A. alpina rend possible une utilisation dans des situations confinées.
